 |
© Doug Olson
|
Développement durable, consommation responsable, commerce équitable, achat « vert »… Tous ces concepts plus ou moins bien compris font leur apparition dans les grandes surfaces. On explique et encourage le consommateur à réfléchir avant d’acheter, à envisager l’impact environnemental et social des produits qu’il consomme, c'est-à-dire à l'inciter à devenir un « consomm-acteur ». Un concept d'implication qu'il serait aberrant de cantonner aux particuliers.
Logiquement, mais parfois un peu difficilement, l’Etat tente de montrer l’exemple. Sachant que la commande publique représente 10 à 15% du PIB national, l’objectif consiste à grossir la demande en produits « verts » pour créer un marché spécifique et développer l’offre des produits. L’Agence de l’Environnement et la Maîtrise de l’Energie (ADEME) travaille sur ce sujet depuis quelques années déjà : rédaction de guides pour des achats publics durables, promotion des bonnes pratiques et dernièrement mise en place d’une plate-forme électronique de recueil et d’échange de document.
Mais elle souhaite désormais se tourner vers les acheteurs privés qui représentent plus de 85% du PIB. C’est précisément ce message qu’elle a souhaité transmettre à l’occasion de son colloque « Produits verts & achats des entreprises » qui s’est tenu mercredi et jeudi à Paris. À l’occasion de cette deuxième édition, Chantal Jouanno, Présidente de l’ADEME a reconnu que
c’est un sujet précurseur et qu’il n’y a pas encore de relation forte entre l’ADEME et les acheteurs privés. Pour l’instant la notion d’achat « vert » est abordée dans les entreprises via le management environnemental des sites. Pour Chantal Jouanno il faut désormais aller plus loin :
les achats verts doivent être intégrés dans une politique globale de l’entreprise, a-t-elle expliqué devant un auditoire d’une centaine de personnes composé à 60% de professionnels de l’achat.
Plus facile à dire qu’à faire…
Selon Philippe Vasseur, ancien Ministre de l’Agriculture et désormais président du réseau d’entreprise Alliance,
il existe de nombreux obstacles à surmonter pour mettre en place une politique d’achat responsable. Pour lui, s'il convient de définir des critères de qualité des produits aux fournisseurs, encore faut-il pouvoir vérifier leur application sur place. Parfois, la difficulté majeure réside dans la remontée de la filière de fabrication des matières premières surtout quand la production est délocalisée, notamment en Asie du Sud-Est. Parfois il est tout aussi difficile de convaincre tous les acteurs de l’entreprise de s’interroger sur les procédures d’achats. Enfin ce peut-être le client qui n’est pas prêt à payer plus cher un produit ou un service qui a bénéficié d’une approche d’éco-conception.
Pour qu’il y ait des achats responsables, il faut qu’il y ait des consommateurs responsables, rappelle Philippe Vasseur.
 |
L’éco-conception est encore en phase exploratoire, maintenant le challenge est de la rendre systématique - Hélène Teulon - Gingko21
|
 |
Pourtant les comportements évoluent. Hélène Teulon, expert du cabinet Gingko21 note une explosion du marché du conseil en écoconception.
En 18 mois, on a remarqué entre 40 et 50% de croissance, une augmentation des effectifs des cabinets et la création de nouvelles sociétés de conseil, explique-t-elle.
On reçoit beaucoup de commande pour des besoins de formation sur la fonction achat, que ce soit dans le secteur public ou privé, ajoute-t-elle. Selon une enquête réalisée par Ecovadis et HEC, les achats « verts » sont la troisième priorité des acheteurs privés alors qu’ils n’étaient cités qu’en 7e position en 2003. Toutefois, rien n’est joué car seul 10% des professionnels interrogés ont déclaré avoir mis en œuvre une politique d’achat responsable. Pour Hélène Teulon
l’éco-conception est encore en phase exploratoire, maintenant le challenge est de la rendre systématique.
Bientôt des outils à disposition ?
Pour encourager le passage à l’action, l’ADEME réfléchit à de nouveaux outils à proposer aux entreprises et cherche surtout à s’inspirer des expériences étrangères. Selon une étude réalisée à sa demande par Ernst & Young et Biointelligence Service, plusieurs pays ont déjà mis en place des outils d’incitation, de soutien ou de communication à destination des entreprises. En Europe, le Danemark, le Royaume-Uni et l’Italie ont travaillé sur la question : l’Italie a par exemple élaboré un guide méthodologique à destination des acteurs du tourisme et prévoit la mise en place d’une base de donnée de 2.500 fournisseurs de produits « verts ». Le Royaume-Uni propose quant à lui aux fournisseurs et aux acheteurs de se rencontrer afin d’appréhender en direct les attentes de chacun alors que le Danemark propose par exemple un outil d’évaluation de la performance pour les entreprises. À l’international, les Etats-Unis ont développé un programme ambitieux et efficace à destination des hôpitaux. Mais ce sont l’Australie et le Japon qui proposent le plus large panel d’outils : forum de rencontre, outils personnalisés, reporting précis, formation des acheteurs, agences locales spécialisées pour les PME, base de données de fournisseurs, classement des entreprises, remise de prix…
Ernst & Young remarque toutefois que globalement les programmes d’incitation, ne doivent pas être excessivement exigeants pour être efficace :
Si les critères sont trop nombreux on sélectionne trop, explique Laure Mandaron du cabinet conseil et d'audit.
F.ROUSSEL